J'aurais voulu remuer la queue, j'aurais voulu me lécher les os, être un ami, une caresse, quelque chose, n'importe quoi mais pas ça. Pas moi. Pas nous. Parce que la merde me coule dans les yeux, parce que je suis aveugle et aveuglé, démembré à en pleurer, un être dans un Etat convenable, pas forcément exécrable. Un Etat sans crachin-malin, sans crachat. Un Etat avec des couilles pour pas recracher. Un Etat loin de toi et de moi. Moi, oui moi, toujours moi. Dans le néant, dans le vague, avec du sable sur l'écran, avec un canal dans le ressac, pour qu'ils y passent tous par-là, en terrain connu reconnu. Parce que quoi, en France ça se passe toujours comme ça. C'est une question de position tu vois, pas de saturation. Même quand en on veut plus, on en a encore et encore. Récoltes régulières aux grains amers. Et même pas une mère pour me noyer, pour m'y foutre dedans et éjaculer sur les rochers. Pour me sentir vivant voyez. Pour ne pas être qu'une serpillère essorée. Une fille écorchée sur le bas d'une marée, d'une jambe parsemée, étalée, démodée. Comme une putain à qui je donnerai la main, une putain que je reverrai demain.
Oui je suis Français. Oui je suis en peine. Je manque de reine, je manque de veine, je manque de tout. L'aiguille ne passe plus. L'heure est tronquée, le temps est tronqué, la vie est tronquée. Pauvres moutons marqués au marker, grignotés aux télé-achats télés réalités alitées par nos petits papiers désodorisés. Vicieux, tu le sais, le cercle est une prison, une plaine sans blés et sans vent, une herbe couchée et éructée.
Voilà c'est mon pays éclaté, exacerbé. Avec des idées de révolution, avec des mômes dehors, et qui crient oh oui, et qui crient... et des adultes qui ont grandi. Qui sont sortis et qui sont revenus. Dans la rue, dans la morgue, dans le rêve, dans l'illusion d'un monde quand même. Un monde quand même oui. Un monde qu'on aime. Un monde qu'on souffre de n'être bête immonde. Alors tu vois ami qui me lit, ami à la lie, ami qui n'en peux plus, dis-toi que c'est comme ça, que les fils de l'aurore sont nés et ont regarder. Qu'ils ont essayé, qu'ils se sont levés. Qu'ils y ont cru jusqu'au bout. Pendus avant de passer à bâbord. Avec des chants pour se donner la main, avec de la souffrance aussi.
Oh mon ami ne pleure pas. La vie est une chienne, la vie est un collier sur ta bouche pleine. Pleine de routes, pleine de doute, pleine de foutre.
Allez, viens, oui viens,
Approche. N'aie pas peur. Pas de moi en tout cas. Pas de moi, non, pas de moi.
Allez viens. Il nous reste encore un peu de temps. On les aura. Oui, toi et moi. Juré, craché, j't'emmènerai là-bas.
Loin de tout. Dans mes bras.
Loin de tout, dans une joie.
Written by P.Pacaly.

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